64 ans ou l’organisation de l’usure
Le 1er septembre 2026, je passe à 70%.
Ce n’est ni un confort, ni un choix de facilité. C’est une nécessité.
Après plus de 40 ans de travail — et même davantage si je repense à mes débuts à La Réunion, entre 17 et 19 ans, déjà au travail au noir — le corps ne suit plus comme avant. La fatigue n’est plus ponctuelle. Elle s’installe. Elle devient permanente.
Alors il faut s’adapter.
Continuer à 100% aujourd’hui, ce serait aller droit dans le mur.
Tenir jusqu’au bout
L’objectif est simple : tenir jusqu’au bout.
Dans mon cas, je pourrais partir à 61 ans et 7 mois, puisque j’ai commencé à travailler à 19 ans. Mais pour des raisons financières, la réalité est différente : l’objectif est d’aller jusqu’à 64 ans.
Entre aujourd’hui et cette échéance, il y a encore quatre années à tenir debout.
C’est pour ça que je passe à 70%. Et j’observerai ensuite.
Peut-être 60%.
Peut-être 50%.
Pas par confort, mais pour tenir sans m’épuiser avant la fin du chemin.
Une adaptation individuelle… pour un problème collectif
Et au fond, cette adaptation individuelle dit quelque chose de plus large.
Pendant que chacun essaie de tenir comme il peut, le système, lui, continue d’imposer sa logique.
La réforme des retraites portée par Emmanuel Macron a repoussé l’âge légal de départ à 64 ans.
Sur le papier, ce sont des mesures présentées comme nécessaires pour l’équilibre financier. Dans la réalité, cela revient à demander à des gens qui ont commencé tôt, qui ont des métiers usants, et qui arrivent déjà fatigués à 60 ans, de continuer encore.
Comme si l’usure n’existait pas.
Comme si les corps pouvaient suivre indéfiniment.
Des chiffres… mais où sont les gens ?
On parle de chiffres, de systèmes, de projections.
Mais on parle beaucoup moins des gens. De leur fatigue. De leurs limites. De leur fin de parcours.
Certains disent qu’on vit plus longtemps qu’avant. C’est sûrement vrai, en partie grâce aux progrès de la médecine.
Mais peut-être aussi parce qu’on ne travaille plus comme avant : des semaines de 60 heures, sans congés payés, avec une pénibilité énorme.
Autrement dit, si on vit plus longtemps, c’est aussi parce qu’on a appris à travailler un peu moins durement.
Et aujourd’hui, on voudrait repartir dans l’autre sens ?
Dire non
Alors chacun s’adapte comme il peut.
Moi, j’ai choisi de réduire mon temps de travail pour alléger la charge, être moins fatiguée, et me donner une chance réelle d’aller jusqu’au bout.
Mais au fond, la question reste entière :
pourquoi ne pas permettre un départ à la retraite à 60 ans ?
Un âge plus humain, plus réaliste après une vie entière de travail, surtout pour ceux qui ont commencé tôt.
Et dans la même logique, on voit bien une tendance : faire travailler toujours plus.
- Faire sauter des jours fériés pour travailler gratuitement
- Autoriser le travail le 1er mai pour certaines catégories
Petit à petit, le message est clair : travailler plus, encore plus.
Et face à ça, une seule réponse s’impose : non.
- Non à l’usure organisée
- Non à l’allongement sans fin du temps de travail
- Non à cette logique qui oublie complètement la réalité des corps et des vies
Partager plutôt qu’épuiser
Parce qu’à un moment, il faut dire stop.
Il faudrait au contraire partager le travail, diminuer le temps de travail pour permettre à un maximum de personnes de travailler, au lieu d’épuiser toujours les mêmes.
Ce n’est pas normal d’en arriver à devoir réduire son temps de travail pour espérer tenir plus longtemps.
Ce n’est pas normal de transformer la fin de carrière en course d’endurance.
Une évidence oubliée
Et au fond, il y a une évidence qu’on évite trop souvent de regarder en face :
la France est un pays riche.
Mais l’argent y est mal partagé, mal réparti, mal utilisé.
Et tant que cette réalité ne sera pas traitée sérieusement, on continuera de demander toujours plus à ceux qui ont déjà tout donné.