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Entre hier et aujourd’hui

“La citation du jour : Une dispute, c’est souvent deux personnes qui crient la même douleur.”



Je suis arrivé dans mon quartier il y a 27 ans.
À l’époque, il n’y avait que des vieux.

Je m’en souviens bien. Ils étaient déjà là.
Aux fenêtres, sur les bancs.
Toujours aux mêmes endroits.
Souvent aux mêmes heures.

Ils avaient leurs habitudes.
Le passage du facteur.
L’heure des courses.
L’heure où le soleil tape moins fort.

Moi, j’arrivais.
Eux, ils étaient installés depuis longtemps.
Je les regardais sans vraiment les voir.
Je savais juste que je n’étais pas comme eux.
Pas encore.

Avec le temps, j’ai appris à les reconnaître.
Pas forcément leurs noms.
Mais leurs silhouettes.
Leur façon de marcher.
Leur place précise dans le quartier.

On se croisait.
On se saluait.
Parfois un mot.
Souvent un signe de tête.
Ils faisaient partie du décor.

Et puis les années ont passé.
Pas d’un coup.
Sans prévenir.
Juste comme ça.

Certains ont disparu depuis.
Un par un.
Sans bruit.
Un jour, on se rend compte qu’on ne les voit plus.
La fenêtre reste fermée.
Le banc est vide.

Personne ne dit grand-chose.
On comprend tout seul.

Cette année, je vais avoir 60 ans.
Pas très vieux, je l’admets.
Mais beaucoup moins jeune.

Et je me rends compte d’une chose.
Je parle de plus en plus avec les voisins.
Avec les anciens.
Mais aussi avec les plus jeunes.
Ceux qui viennent d’arriver.
Ceux que je regardais à peine avant.

Quelques mots.
Une discussion qui traîne.
Un échange devant l’immeuble.
Rien d’extraordinaire.
Mais ça compte.

Et pendant que nous vieillissons, le quartier change aussi.
Il se transforme.
Réhabilitation en arrière de quartier.
Travaux.
Façades refaites.
Murs repeints.

Le décor change.
Les repères bougent.
Certains endroits disparaissent.
D’autres apparaissent.

Le quartier n’est plus tout à fait le même.
Et moi non plus.

Quand je regarde autour de moi aujourd’hui, je réalise quelque chose.
Les vieux, maintenant, j’en fais partie.
Ou plutôt… nous.

Pas forcément dans la tête.
Mais dans la place qu’on occupe.
Dans la façon d’être là.
Dans l’attention qu’on porte aux autres.
Jeunes ou vieux, d’ailleurs.

Je pensais être de passage.
Comme beaucoup.

Finalement, je suis resté.

Le quartier, lui, continue.
Il changera encore.
D’autres viendront.
D’autres diront peut-être un jour :
« Quand je suis arrivé ici, il n’y avait que des vieux. »

Et moi,
je serai peut-être là.
À discuter avec eux.
À faire partie du décor.
À regarder le quartier vivre.
Tranquillement.

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