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Le bruit des autres

J’ai de la chance. Je ne prends pas les transports pour aller au boulot. Mais de temps en temps, je vais à Paris, à Versailles, à Rambouillet. Et à chaque fois, c’est la même claque.

Moi, dès que je suis dans les transports, je le mets en mode silencieux. C’est un réflexe. Une question de respect, je pensais que c’était normal.

Dans le wagon, il y a toujours un type au téléphone. Pas discret, non — la voix pleine pot, comme s’il était seul au monde. Il raconte sa vie, ses problèmes, son week-end. Tu n’as pas demandé à savoir, mais maintenant tu sais. J’ai lu un jour qu’on appelait ça un mi-logue — pas un dialogue, juste une moitié de conversation qu’on t’impose. Et quand il raccroche, tu te dis bon, c’est fini. Sauf que non. Il sort son téléphone, il ouvre son répertoire, et il cherche. Quelqu’un d’autre à appeler. N’importe qui. Le silence lui fait visiblement peur.

Ce n’est pas un appel urgent. Ce n’est pas une urgence familiale. C’est juste un mec qui ne supporte pas d’être là, assis, sans rien. Deux minutes de silence et c’est la panique. Alors il appelle. Et on subit.

Mais ma scène préférée — celle qui me reste — c’est à la caisse du supermarché. Une femme arrive, téléphone collé à l’oreille. Elle pose ses courses sur le tapis sans regarder la caissière. Elle paye, toujours au téléphone. Et à un moment, la caissière lui dit quelque chose — le prix, un code, je sais plus. La femme se retourne et lâche, agacée : « C’est pas à vous que je parle. »

C’est pas à vous que je parle.

Et encore, c’était un appel classique. Parce que j’ai vu mieux. Une fois, une cliente passe en caisse en pleine visio. L’écran tourné vers elle, les gens à l’autre bout qui voient défiler les courses sur le tapis. La caissière qui encaisse en silence, devant un public qu’elle n’a pas invité.

La caissière existe juste assez pour encaisser. Pas assez pour qu’on lui réponde. Elle est là pour faire le boulot, mais surtout ne pas déranger.

Ce qui me frappe dans tout ça, c’est pas vraiment le bruit. C’est l’autre qui disparaît. La personne en face — le voisin de wagon, la caissière — devient un décor. Un meuble. On est tellement absorbé par notre téléphone, par nos appels, par notre besoin de ne jamais être seul une seconde, qu’on ne voit plus les gens qui sont là, en vrai, à portée de main.

Le bruit des autres, au fond, ça me gonfle.

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2 commentaires

  1. Bonjour Pascal
    Merci pour cet article. Tout comme toi, j’ai horreur de ces personnes qui racontent leur vie au téléphone dans les transports en commun, ou au guichet des magasins, etc, c’est un total manque de respect. Moi, ce qui m’afflige aussi, c’est de voir tous ces jeunes revenir de l’école, ou du collège, passer devant chez nous, avec le regard braqué sur leur téléphone, ou en train de discuter en marchant, ils ne voient rien, ils ne regardent rien, quelle tristesse…
    Bon dimanche à toi.

  2. Merci pour ton message. Je partage ce sentiment : on a parfois l’impression que le téléphone prend trop de place et que certaines personnes oublient un peu, beaucoup le monde autour d’eux.
    Bon journée Françoise

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