Le travail sans fin
« Travailler plus longtemps dans la semaine, plus longtemps dans l’année et plus longtemps dans la vie. »
Derrière cette phrase, il y a une vision.
Et derrière cette vision, un nom : Édouard Philippe.
Toujours le même ton posé. La maîtrise apparente. Le sérieux presque rassurant. Le costume est net, le regard calme, le discours parfaitement lissé.
Mais c’est justement là que ça glisse.
Parce que pendant que la forme rassure, le fond s’installe. Et les médias, eux, relaient.
Une idée simple, répétée jusqu’à l’usure
Sous le calme, une idée brute revient sans cesse :
il faut travailler plus.
- Plus longtemps dans la semaine
- Plus longtemps dans l’année
- Plus longtemps dans la vie
Et comme toujours, on ressort la même rengaine : les comparaisons avec les autres pays européens.
Comme si cela suffisait à clore le débat. Comme si regarder ailleurs devait nous obliger à accepter sans discuter ici.
Mais la réalité, elle, ne se résume pas à des tableaux comparatifs.
Une logique qui déborde
Comme si toute existence devait se réduire à une seule mécanique :
produire, tenir, continuer.
Et après ?
On nous dira quoi ? De tenir jusqu’à l’épuisement ?
Ce que ça signifie concrètement
À un moment, il faut arrêter de faire semblant de ne pas voir.
Cela veut dire :
- des corps fatigués
- des esprits usés
- des vies comprimées entre deux horaires
Et toujours les mêmes qui encaissent.
Pendant que certains parlent d’équilibre, d’autres vivent déjà en mode survie.
Le problème n’est pas la paresse
On agite souvent le mot effort comme une explication universelle.
Et on ressort les comparaisons européennes comme un réflexe automatique.
Mais ce pays tient déjà debout grâce à celles et ceux qui font tourner la machine :
- les hôpitaux
- les écoles
- les transports
- la logistique
- le nettoyage
- le bâtiment
Ces personnes n’ont pas besoin de leçons de courage.
Elles ont besoin de respect. De salaires décents. De conditions tenables. De reconnaissance réelle.
Pas de nouveaux sermons sur “l’effort”.
Travailler plus n’est pas une solution magique
On peut répéter la formule autant qu’on veut. Elle ne devient pas plus juste pour autant.
Le problème n’est pas seulement le temps de travail.
Le problème, c’est ce qu’il y a autour :
- des salaires qui stagnent
- des métiers qui s’épuisent
- une organisation qui use plus qu’elle ne soutient
Ajouter des heures à un système déjà sous tension, ce n’est pas une solution.
C’est une rustine sur une fuite qui s’agrandit.
Conclusion
Je le dis clairement : je ne veux pas de cette logique-là.
Pas par refus de l’effort.
Mais parce que je refuse l’idée que la vie entière doive s’y dissoudre.
Parce que je ne veux pas d’une politique qui commence toujours par demander aux gens de donner plus… sans jamais se demander s’ils peuvent encore donner mieux.