Lodèr mon pei — Ces odeurs qui me ramènent à La Réunion
« Lodèr mon pei » — Ousanousava
Ces trois mots disent déjà tout ce que j’essaie d’écrire ici.
Il y a des choses qu’on ne peut pas expliquer vraiment. Des choses qui ne se voient pas, qui ne s’entendent pas, mais qui font remonter toute une vie en quelques secondes.
Pour moi, ce sont les odeurs.
Pas n’importe lesquelles. Les miennes. Celles de mon île, de mon enfance, de mon adolescence à La Réunion.
Le matin, c’était d’abord le café coulé. Avant même d’ouvrir les yeux, la maison sentait déjà le début de la journée. Une odeur chaude, dense, qui annonçait que la vjournée allait commencer.
Dehors, quand la pluie tombait sur un sol sec, il y avait ce parfum unique — cette terre qui respirait d’un coup, comme soulagée. On ne l’oublie pas.
Les marmites sur feu de bois, les carris, les épices, la fumée qui collait un peu aux vêtements… c’était l’odeur du repas qui se prépare…
L’océan, lui, on le sentait avant de le voir. L’iode, le vent marin, les rochers après la houle. Une odeur de liberté, presque sauvage.
Aux marchés, c’était tout le contraire — c’était le foisonnement. Les fruits, les épices, les fleurs, les samoussas qui frient, la vie partout en même temps. On ne savait plus où donner de la tête, ni du nez.
Les mangues, les letchis, les goyaves… sucrés rien qu’à les respirer, encore sur le pied. Le gâteau patate et le pâté créole qui sortent du four, et qui te font déjà saliver avant d’y avoir touché.
Dans les Hauts de l’île, l’odeur des géraniums et des cryptomérias changeait tout — fraîche, légère, presque apaisante après la chaleur du bas.
Et puis les fêtes foraines : le maïs grillé, les fondantes, les lumières, le bruit… une odeur de bonheur simple et bruyant.
Les poulets grillés le long des routes. Impossible de passer sans ralentir. Souvent sans s’arrêter.
Les rougails bringelles, dakatine ou tomates arbustes, ce parfum de cuisine simple mais tellement juste, qui s’accroche un peu partout…
À l’école, il y avait l’odeur de la colle en petit pot — celle avec sa petite cuillère — qui sentait étrangement les fondantes. Un truc qu’on ne peut pas vraiment expliquer, mais qui fait partie des souvenirs gravés.
Et dehors, les pistaches grillées en cornet, la colle pistache qu’on mangeait en se promenant sans se presser.
Les champs de canne après la pluie. Le sucre chaud des usines. Le piment écrasé dans le pilon. Les samoussas frits. Le pain bouchon gratinés encore chaud. Le linge qui sèche au soleil.
Toutes ces odeurs…
Ce ne sont pas juste des odeurs.
C’est ma mémoire. C’est mon île. C’est mon enfance.
Et parfois, il suffit d’une seule d’entre elles — une seule — pour que tout revienne d’un coup. Comme si le temps n’avait pas vraiment passé.
🎵 Et si ces odeurs t’ont rappelé quelque chose, écoute « Lodèr mon pei » d’Ousanousava. La chanson dit ce que les mots ne peuvent pas toujours finir de dire.