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Maloya : la polémique des réseaux sociaux ne parle pas pour tous les Réunionnais

J’ai vu cette polémique autour du maloya débarquer sur les réseaux sociaux. Mais soyons clairs : les réseaux sociaux, ça ne reflète pas ce que pensent l’ensemble des Réunionnais. C’est souvent les plus bruyants qu’on entend, pas les plus nombreux.

Il y a des polémiques qui font réfléchir. Et puis il y a celles qui fatiguent.

Depuis quelques jours, la chanteuse Marie Lanfroy, co-fondatrice des groupes Saodaj et Alsimi, est la cible d’une vague de harcèlement sur les réseaux sociaux. Son crime ? Être blanche et chanter du maloya. Carlo de Sacco, leader de Grèn Sémé et membre d’Alsimi, subit la même sentence. On leur reproche, en gros, de profiter d’un « privilège blanc » pour capter subventions et lumière au détriment d’artistes noirs plus légitimes.

Sauf que voilà. Je suis yab. Blanc. Réunionnais de souche, comme on dit. Et j’adore le maloya.

Est-ce que ça pose un problème à quelqu’un ?

Le maloya, c’est pas une carte d’identité

Le maloya est né de la douleur des esclaves. C’est une réalité historique qu’on ne peut pas effacer, et personne ici ne cherche à le faire. Cette musique porte une mémoire, une blessure, un combat. Tout ça est vrai.

Mais le maloya, c’est aussi devenu la musique de toute une île. Une île où les identités se mélangent depuis des siècles, où un yab blanc peut grandir avec Danyel Waro dans les oreilles et les larmes aux yeux. Où un gamin des Avirons peut apprendre le kayamb avant même de savoir lire. Est-ce qu’on lui dira un jour qu’il n’a pas le droit ?

Gaël Velleyen, leader de Kreolokoz, est le principal porteur de cette contestation. Je vais être honnête : j’adore Kreolokoz. Vraiment. Mais là, je ne suis pas d’accord avec lui. Il dit que « le maloya n’est pas une musique universelle ». Soit. Mais il est réunionnais. Et à La Réunion, je suis chez moi aussi.

Le débat est légitime. Le harcèlement, jamais.

Soyons honnêtes : la question de qui capte les subventions, qui passe les portes des institutions, qui se retrouve sur les scènes internationales — c’est un vrai sujet. Si des artistes engagés, porteurs d’un discours dérangeant, se retrouvent systématiquement écartés au profit d’autres, ça mérite d’être dit et débattu.

Mais pas comme ça.

Pas en ciblant une femme jusqu’à la réduire au silence. Pas en transformant une question culturelle en tribunal populaire sur les réseaux. Pas en faisant de la couleur de peau le critère ultime de légitimité artistique — parce qu’à ce jeu-là, on marche sur la tête, et on utilise exactement les mêmes outils que le racisme qu’on prétend combattre.

Plus de 200 artistes réunionnais — Danyel Waro, Nathalie Natiembé, Christine Salem, Ann O’aro, Zanmari Baré, entre autres — ont signé une tribune pour soutenir Marie Lanfroy. Ce ne sont pas des gens qu’on peut accuser de défendre le système. Ce sont des gens qui savent ce que le maloya représente, et qui refusent qu’on en fasse une arme contre une des leurs.

Et moi dans tout ça

Je suis blanc. Yab. Et le maloya, j’y tiens autant qu’à n’importe quelle autre part de ce que je suis.

Dire que je n’ai pas le droit d’aimer ça, de le ressentir, de le défendre — c’est me dire que je ne suis pas vraiment réunionnais. Que ma place ici est conditionnelle. Merci bien, mais non.

Parce qu’on est blanc, on n’aurait pas le droit de chanter le maloya ? Si on n’est pas amoureux, on n’aurait pas le droit de parler d’amour ? On pourrait aussi dire que si on est blanc, on ne pourrait pas aimer les noirs — et inversement, qu’un noir ne pourrait pas aimer les blancs ? À ce compte-là, on va loin.

Le maloya est vivant parce qu’il a circulé, évolué, touché des gens de tous horizons. Le mettre sous cloche au nom de la pureté identitaire, c’est le tuer à petit feu. Et ça, ni Marie Lanfroy ni Carlo de Sacco ne le méritent.

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