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Marsouin malgré moi… et sans cartouches


Contingent 85/02. Rien que ça, ça ne nous rajeunit pas.

Direction Fontenay-le-Comte, au 137e régiment d’infanterie de marine.

Un départ un peu particulier

À l’époque, le service militaire, c’était à 21 ans. Mais moi, pressé de voir du pays — ou peut-être juste pressé de quitter La Réunion — j’ai fait un devancement d’appel. Résultat : me voilà embarqué à 19 ans, direction la métropole. L’armée ? Disons… un billet d’avion un peu particulier.

Pas vraiment une vocation

Je ne vais pas vous mentir : ce n’était pas une vocation. Moi, je venais surtout pour tenter ma chance ailleurs. Le treillis, c’était le décor. Pas le rêve.

Mais quitte à être là… autant ne pas perdre son temps.

Le CFPA et le CAP de carreleur

Dans la caserne, il y avait un CFPA, un centre de formation professionnelle pour adultes. Et là, je me suis dit : tant qu’à faire mon service, autant repartir avec quelque chose de concret.

C’est comme ça que j’ai obtenu un CAP de carreleur.

Les premières classes

Après deux mois de classes — où j’ai appris à marcher droit, à dire “oui chef” sans réfléchir, et à plier un lit au carré comme si ma vie en dépendait — arrivent enfin les premières manœuvres.

On nous équipe

Et là… on nous équipe. Un FSA (fusil semi-automatique), trois grenades à blanc, des munitions. Rien que ça.

Le démontage chronométré du FSA

Première mission : démonter entièrement le fusil, le nettoyer, le remonter. Chrono en main. Comme un puzzle… sauf que si tu te rates, ce n’est pas une pièce qui manque, c’est toi qui prends.

L’exercice du pylône

Un gros pylône à défendre. Quatre groupes pour attaquer : est, ouest, nord, sud. Moi ? Nord.

Une stratégie très personnelle

Mes collègues ? À fond. Ils rampent dans l’herbe, visent, tirent, lancent des grenades. On aurait dit qu’ils tournaient dans un film de guerre.

Moi ? Comment dire… Je ne voulais pas jouer à ce petit jeu-là. Alors discrètement, j’ai donné mes grenades et mes munitions à un camarade plus motivé. Chacun son truc. Lui, la guerre. Moi, la survie tranquille 😄

Mais attention, les gradés surveillaient tout avec leurs jumelles. Alors moi aussi, j’étais dans le film : Je visais. Je tirais… dans le vide. Je faisais “pan pan”… intérieurement. Un acteur, je vous dis.

La vie à la caserne

Le soir, retour à la caserne. Moment sacré : démontage et nettoyage des fusils, sous l’œil vigilant de l’agent-chef Fontaine. Un Réunionnais, comme moi. Donc double pression.

Sergent-chef Fontaine

Tout le monde s’active. Ça démonte, ça frotte, ça graisse. Moi ? Tranquille. Je pose mon fusil sur la table… et je regarde le spectacle.

Le sergent-chef s’approche. Il me fixe droit dans les yeux.

— “Tu démontes pas ? Tu nettoies pas ?”

Moi, fier comme un coq : — “Ben… mon fusil est propre. J’ai pas tiré une seule fois !”

Silence. Son regard change. Et là, j’ai compris que j’avais peut-être raté un épisode.

En moins de temps qu’il faut pour dire “garde à vous”, mon fusil était démonté, nettoyé, remonté. Record personnel battu. Sans entraînement 😄

Conclusion

C’était ma première manœuvre. Il y en a eu d’autres. Mais au final, entre deux exercices militaires, j’aurai surtout retenu une chose :

Je suis arrivé soldat… et je suis reparti avec un métier.

Comme quoi, même quand on ne vient pas pour ça… la vie trouve toujours un moyen de vous apprendre quelque chose.

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