Ma chanson du dimanche ; « Nout Lang » Zanmari Baré & Danyèl Waro
Je l’avais déjà partagé il y a quelque temps, ce morceau de Danyèl Waro qui ne me quittait plus. Mais il me manquait quelque chose : les paroles. Ces mots créoles que j’entendais sans pouvoir les lire, les relire, les comprendre vraiment dans leur détail. Cette fois, la vidéo filmée au théâtre de plein air de Saint-Gilles les affiche enfin. Et les voir écrites noir sur blanc, ça change tout.
Nout Lang, c’est un cri pour la langue réunionnaise. Une langue que Danyèl Waro compare à une pirogue sur une terre malade — qui se lève avec peine, mais qui tient. Une langue méprisée, étouffée, qu’on a longtemps dit bonne à nourrir les cochons. Et pourtant, elle vole comme les ailes du papangue, elle sent le vétiver et le ylang-ylang, elle a encore le goût de parler.
Kissa gran min invizib i prétan pa mon kozé — qui est cette grande main invisible qui prétend interdire ma parole ? La question traverse tout le texte. Et la réponse de Waro est entière : laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle.
Pokwé nout lang sou pié mang i dor, pokwé pokwé mèm
Pourquoi notre langue dort sous un pied de manguier, pourquoi, pourquoi donc ?
Kissa i plèr la pré kri la mor, anou anou mèm
Qui pleure après qui crie la mort, allons, allons donc !
Pokwé mon lang konm an tang i dor, pokwé pokwé mèm
Pourquoi ma langue dort comme un tangue, pourquoi, pourquoi donc ?
Dann gro lardèr li akokiy lo kor, koz ou koz ou mèm
Dans la grande chaleur elle recroqueville son corps, dis, dis donc !
Si wi vé tap a li, kony a li, touf a li
Si on veut la frapper, la cogner, l’étouffer,
Si wi vé kraz a li, zèt a li, bli a li
Si on veut l’écraser, l’effacer, l’oublier…
Kit ma yèm a li, kit ma mour a li
Laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle,
Kit ma dans a li, kit ma sant a li
Laisse-moi danser avec elle, laisse-moi chanter avec elle,
Kit ma yèm a li, kit ma mour a li
Laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle,
Kit ma manz a li, kit ma vanz a li
Laisse-moi la manger, laisse-moi la venger.
Mon lang konm an kanot si la tèr malizé débouz a li
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dék li tous la mèr wi sa malèr li filout an zangiy
Dès qu’elle touche la mer, le malheur file comme une anguille.
Mon lang konm an kanot si la tèr malizé débouz a li
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dék li tous la mèr kit ta mèr li filout an zangiy
Dès qu’elle touche la mer, que ta mer, le malheur file comme une anguille.
Kissa gran min invizib i prétan pa mon kozé
Qui est cette grande main invisible qui prétend interdire ma parole ?
A mwin kréol la la gèl la lé lib mwin la pa pou largé
Moi, créole, la bouche libre, je ne suis pas prêt à lâcher.
Kissa gran min invizib fane mon rèv dann van mové
Qui est cette grande main invisible qui fane mes rêves dans le mauvais vent ?
A mwin kréol kan mèm koko d’tèt vid na ankor lo gou kozé
Moi, créole quand même, même avec une tête vide comme un coco, j’ai encore le goût de parler.
Ki kalité lang wi di pi ma lang, bekali kalité mèm
Quelle langue pourrait être meilleure que la mienne ? C’est toujours la même !
Biny dann lo la mèr tir gro lodèr moussang, santi santi mèm
Tirée de la mer, elle dégage une forte odeur salée, elle sent vraiment.
Ki lang i vol i vol an zèl papang, i ronde i ronde mèm
Quelle langue vole comme les ailes du papangue, elle tourne, elle plane vraiment.
Kan pié langylang vétyvèr moulang, lodèr ral a li ral a li mèm
Quand l’ylang-ylang et le vétiver tournent, leur parfum l’attire vraiment.
Ti di sa lang sal donn manzé koson, i oz i oz mèm
Ils disaient que cette langue sale nourrissait les cochons, vraiment, vraiment.
Dann marmit do ri rant pa an graton, onzèr midi mèm
Dans une marmite de riz, il n’y a même pas un graton, vers onze heures midi.
Boug déor dédan nana lang en firang, i désikot sikot mèm
Les gens d’ici et d’ailleurs ont une langue étrangère, ils la découpent vraiment.
Kit ma bour d’fé sanm in paké zangzang, tangolé tangolé mèm
Laisse-moi brûler avec elle comme un paquet de piments, ça pique vraiment.
Pokwé nout lang sou pié mang i dor, pokwé pokwé mèm
Pourquoi notre langue dort sous un pied de manguier, pourquoi, pourquoi donc ?
Kissa i plèr la pré kri la mor, anou anou mèm
Qui pleure la prairie, qui crie la mort, allons, allons donc !
Pokwé mon lang konm an tang i dor, pokwé pokwé mèm
Pourquoi ma langue dort comme un tangue, pourquoi, pourquoi donc ?
Dann gro lardèr li akokiy lo kor, gramoun gramoun mèm
Dans la grande chaleur elle recroqueville son corps, vieux, vieux donc…
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Merci, merci pour ces paroles !! Plusieurs années après l’émotion de la première écoute est toujours là.
Amoin pa kréol mem mais mi espèr gramoun la i sar retrouve son lardèr !!!!… Kom tout langaz « gran min » la pankor toufé…
Dommage qu’il n’y ait pas une traduction en automatique du texte car je ne parle pas cette langue. Belle chanson a capella.
Belles paroles
Le texte est magnifique, je devine les mots dans ma langue l’arabe et j’ai besoins de traduction. Merci
Toujours beaucoup d’d’émotion en écoutant les chansons de ma terre mon cœur s’éclate même si je ne comprends pas les paroles je regarde la traduction et là mon cœur mon larmes y coulent.Ote’ La RÉUNION.mi aime à ou.
Voici une traduction en français qui respecte le sens et le ton poétique de l’original, tout en restant fidèle au style :
Pourquoi notre langue dort sous un pied de manguier, pourquoi, pourquoi donc ?
Qui pleure la prairie, qui crie la mort, allons, allons donc !
Pourquoi ma langue dort comme un tangue (hérisson), pourquoi, pourquoi donc ?
Dans la grande chaleur elle recroqueville son corps, dis, dis donc !
Si on veut la frapper, la cogner, l’étouffer,
Si on veut l’écraser, l’effacer, l’oublier…
Laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle,
Laisse-moi danser avec elle, laisse-moi chanter avec elle,
Laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle,
Laisse-moi la manger, laisse-moi la vendre.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, le malheur file en zigzag.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, que ta mer, le malheur file en zigzag.
Qui est cette grande main invisible qui prétend interdire ma parole ?
Moi, créole, la parole en bouche, libre, je ne suis pas prêt à lâcher.
Qui est cette grande main invisible qui fane mes rêves dans le vent mauvais ?
Moi, créole quand même, même avec une tête vide comme un coco, j’ai encore le goût de parler.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, le malheur file en zigzag.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, que ta mer, le malheur file en zigzag.
Quelle qualité de langue est meilleure que la mienne ? C’est toujours la même !
Tirée de la mer, elle dégage une forte odeur salée, elle sent, elle sent vraiment.
Quelle langue s’envole comme les ailes du papangue (rapace), elle plane, elle plane vraiment.
Quand les pieds de ylang-ylang et de vétiver tournoient, leur parfum l’attire, l’attire vraiment.
Si on veut la frapper, la cogner, l’étouffer,
Si on veut l’écraser, l’effacer, l’oublier…
Laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle,
Laisse-moi danser avec elle, laisse-moi chanter avec elle,
Laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle,
Laisse-moi la manger, laisse-moi la vendre.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, le malheur file en zigzag.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, que ta mer, le malheur file en zigzag.
Qui est cette grande main invisible qui prétend interdire ma parole ?
Moi, créole, la parole en bouche, libre, je ne suis pas prêt à lâcher.
Qui est cette grande main invisible qui fane mes rêves dans le vent mauvais ?
Moi, créole quand même, même avec une tête vide comme un coco, j’ai encore le goût de parler.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, le malheur file en zigzag.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, que ta mer, le malheur file en zigzag.
Ils disaient que cette langue sale nourrissait les cochons, vraiment, vraiment.
Dans une marmite de riz, il n’y a pas de graton (gras croustillant), vers onze heures, à midi.
Les gens d’ici et d’ailleurs ont une langue étrangère, ils la découpent, ils la hachent vraiment.
Laisse-moi brûler avec elle comme un paquet de piments, ça pique, ça pique vraiment.
Si on veut la frapper, la cogner, l’étouffer,
Si on veut l’écraser, l’effacer, l’oublier…
Laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle,
Laisse-moi danser avec elle, laisse-moi chanter avec elle,
Laisse-moi l’aimer, laisse-moi mourir avec elle,
Laisse-moi la manger, laisse-moi la vendre.
Moi, ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, le malheur file en zigzag.
Ma langue est comme une pirogue sur une terre malade, elle se lève avec peine.
Dès qu’elle touche la mer, que ta mer, le malheur file en zigzag.
Pourquoi notre langue dort sous un pied de manguier, pourquoi, pourquoi donc ?
Qui pleure la prairie, qui crie la mort, allons, allons donc !
Pourquoi ma langue dort comme un tangue, pourquoi, pourquoi donc ?
Dans la grande chaleur, elle recroqueville son corps, vieux, vieux donc… vieux, vieux donc…